Le film a sa raison que le spectateur ignore

De David Lynch : avec Laura Dern, Justin Théroux, Jeremy Irons
Film inénarrable, indéchiffrable… et pourtant !
Vous êtes bien callé dans votre fauteuil, attachez vos ceintures car le vol pour la planète Lynch risque de secouer. D’une durée de trois heures le film est une expérience totale de bout en bout. Défricheur d’âmes, goût prononcé pour tout complexifier, le cinéaste balise le film d’entrée de jeu. Tous les éléments permettant une meilleure compréhension de l’histoire nous échappent. Avec Lynch ce n’est plus un secret pour personne. A défaut de tout comprendre, l’intérêt du film est de se laisser transporter dans les limbes de l’inconscient du cinéaste.
Expérience autant formelle que sensorielle, le film, avec une progression lente, nous plonge dans des délires visuels à couper le souffle. Touche à tout de génie, Lynch laisse libre court à son imagination pour donner vie à ses tableaux. Le cinéma le permet, l’ère du numérique en pousse les limites.
L’Empire intérieur
Le titre évoque un quartier de Los Angeles proche du désert californien, l’actrice Nikki Grace (Laura Dern) est retenue pour incarner le rôle principal d’un remake. Le réalisateur (Jeremy Irons) avoue aux deux acteurs que le film datant de 47 était maudit suite à la mort des deux têtes d’affiche.
Lynch pousse ses obsessions à son paroxysme : profusion et disparition des personnages, dédoublement de personnalité chez l’héroïne, création d’un espace temps déconcertant, thème de l’adultère et du mari jaloux. Voulant recréer un film expérimental au même titre que son premier long métrage Eraserhead, Lynch a poussé la difficulté en écrivant le scénario au fur et à mesure de la construction du film. Le résultat est impressionnant de maîtrise. Le spectateur vit avec angoisse le parcours de l’héroïne dans un monde où le mal, attiré par la peur de Nikki, tente de s’engouffrer.
Tout a un sens chez Lynch, sans nous laisser au dépourvu il nous guide, sème des indices tout au long du périple. A défaut d’aimer le film, personne ne peut rester indifférent car le spectateur est actif pour remettre de l’ordre dans le chaos mental de Nikki. Le réalisateur, comme dans tous ses films, exorcise ses peurs à travers le monde des images. Tout peut naître d’une simple idée, d’une intuition orchestrant l’histoire. C’est une affaire de sens. La réflexion est vaine tant la narration répond à des règles renvoyant plus à des émotions, des états d’âme.
Le film a sa logique propre dit Lynch : “chacun lui donne une signification”
Danyl VASTO
mai 4, 2008
Très dur d’émettre une critique sur ce film…
L’ayant vu en V.O. sans sous-titres, je n’ai certainement pas saisi toutes les subtilités. En même temps, je ne sais pas si je comprendrais plus de choses avec les sous-titres.
Bref tout ça pour dire, un grand Lynch, peut-être pas le meilleur à mon goût, je ne suis pas resté indifférent, c’est le principal. Encore un film du maître qui marque nos esprits…
Merci Danyl pour l’analyse, c’est pas facile avec ce genre de film.